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2026-05-24 06:57:44 UTC

Jeanneadebats on Nostr: Comme on me l'a demandé hier, voici une petite histoire des noms de la famille… ...

Comme on me l'a demandé hier, voici une petite histoire des noms de la famille…

D’abord, il y a lui, Le Guéridon.

Il a débarqué à un moment de ma vie où j’avais enfin compris combien le célibat était merveilleux. À 42 ans, j’avais ma chambre d’étudiante tardive, enfin… une bonbonnière kitsch totalement cohérente avec l’histoire des lieux : un ancien bordel des années 20 dans LA rue parisienne connue pour ça.
(Non, ce n’est pas la rue Saint-Denis. Paris garde toujours quelques niveaux secrets.)
C’était minuscule cette bonbonnière, si minuscule qu’un jour un ami m’a lancé :
« Tu es tellement pansexuelle et avec des goûts de chiottes que tu te taperais une commode Louis XV pourvu qu’elle soit sympa. »
Et moi, outrée par l’atteinte à mon sens de l’aménagement intérieur :
« T’es fou ? C’est tout petit chez moi. Je n’y ferais jamais entrer qu’un guéridon. »

Erreur stratégique majeure, parce qu’à ce moment-là, le Guéridon existait déjà fourbassement quelque part dans l’univers, attendant simplement son heure pour surgir chez moi dans un grand envol de cheveux, de passion et de chaos sentimental. Une espèce d’apparition romantique complètement improbable, d’autant plus torride qu’elle nous a cueillis tous les deux totalement par surprise à un moment de nos vies où on pliait les gaules et on rendait nos cartes de pêche sans trop de nostalgie. On ne s’en est toujours pas remis, d’ailleurs.

Ensuite il y a la Mutante.
Surnommée ainsi parce qu’à neuf ans elle expliquait à son père, au mémorial de Caen, son scepticisme absolu concernant les accords d’Oslo. À dix ans, elle s’intéressait passionnément à la manière dont un marquis portugais avait construit un pont gigantesque au Portugal.
Et surtout… elle SAVAIT REPLIER UNE CARTE ROUTIÈRE SANS SE TROMPER, (sisi on a testé parce qu'on est cons et qu'on aime Gotlib) à côté de ça, la télékinésie c’est de la petite bière.
En revanche, dans la vie quotidienne, c’est Entropie : 100 / Mutante : 0. Les TDAH, cette grande aventure où ton cerveau peut analyser la géopolitique du Proche-Orient mais pas retrouver ses chaussettes.
Elle a les cheveux bleus, se définit comme une créature de la nuit qui aime les poneys, et crée des JDR queer en anglo-américain avec une esthétique de gobeline gothique sous caféine.

Comme nous avions déjà une Mutante, et que l’autisme identifié ressemble parfois un peu à un gremlin qu’on aurait nourri après minuit avant de le jeter dans une piscine, il y a eu le Grem.

Le Grem, c’est ce moment où tu comprends que certaines personnes n’obéissent pas exactement aux mêmes lois physiques et sociales que le reste de l’humanité. Avec des compétences absolument surnaturelles dans certains domaines et, à côté, des bugs système totalement lunaires.
Une autre logique, un autre système d’exploitation, une autre LANGUE (on a toujours l'impression qu'il traduit "en humain" dans sa tête avant de nous parler) .

Quant au Lutrin…
Le Lutrin est le fils d’un Guéridon, ce qui est déjà une origine sociale compliquée mais quasiment mythologique. Il fait de la musique, possède cette espèce d’énergie légèrement médiévale et inspirée des gens qui vivent avec une bande-son intérieure permanente (comme le Guéridon d'ailleurs) , il cultive des cyanobactéries, largue des cochons et des poules à ses vieux parents et je ne parierais pas ma main dominante sur sa neurotypie absolue non plus, celui-là.

Il sera dit que je n'aurais jamais eu d'enfant NeuroT sauf en classe. Est-ce que j'aurais su qu'en faire ? Le doute reste permis, je suis très heureuse avec ceux là ^^

Et moi ?
Moi, je me prends pour moi qui leur ai donné ces surnoms pour pouvoir parler d’eux en ligne sans révéler leurs identités secrètes.

Mais avec le temps, ces noms ont fini par devenir autre chose : une mythologie familiale privée, une manière de raconter les gens tels qu’ils sont vraiment.

Au fond, les noms officiels disent rarement grand-chose, alors qu’un Guéridon, une Mutante, un Grem ou un Lutrin, immédiatement, on voit les personnages entrer dans la pièce.